Simplifier: les vêtements

24 avril 2015

La fast fashion est un vaste sujet qui fait beaucoup parler. Je voudrais partager humblement et en tant qu’être humain, quelques pensées sur les vêtements, la mode et le style, vus sous l’angle de la simplicité.

Les vêtements

Tout a commencé lors des soldes automne-hiver 2013. A l’époque je travaillais au cœur du centre-ville de Milan, plein de chaînes de vêtements. J’utilisais régulièrement ma pause déjeuner pour aller voir les tendances, les vitrines et le merchandising dans le cadre de mon travail, et parfois je m’achetais aussi quelque chose. Ce vendredi, c’était encore ce que je comptais faire.

Nous étions en février. La période des soldes était donc bien avancée (en Italie comme en France, ces périodes sont très réglementées) et je m’attendais à trouver encore peu de fringues sur dans les magasins. En réalité, les portant débordaient de vêtements: des centaines et des centaines de pulls mal repassés, jeans, vestes, des t-shirts en coton froissés, encore disponibles dans presque toutes les tailles et couleurs.

C’est à ce moment-là que cela m’a frappée.

  • ces tonnes de coton cultivé, récolté, traité, tissé, transformé par tant de mains anonymes, quelque part loin d’ici.
  • ce tissus découpé, cousu par d’autres mains anonymes dans d’autres endroits encore. Quels étaient leurs pensées, leurs problèmes, leurs espoirs alors qu’ils travaillaient à ce t-shirt qui se trouvait maintenant devant mes yeux.
  • ces vêtements de mauvaise qualité qui étaient presque déjà des chiffons. Des personnes hypnotisées les tiraient, les lançaient, dans leur recherche effrénée de la bonne affaire.
  • ces ressources utilisées: eau, champs, carburants, bateaux, avions investies pour créer ces vêtements au lieu d’être allouées à quelque chose de meilleur pour notre société.
  • tous ces êtres humains, ces esclaves, hommes, femmes, enfants, familles, qui avaient travaillé pour fabriquer ces vêtements.
  • tous ces vêtements que personne n’achèterait jamais. Peut être que quelques-un trouveraient preneur pour quelques Euros, un client vaincu par l’ennui, la distraction, la faiblesse, qui le porterait une ou deux fois. Ces vêtements qui seraient détruits trop tôt. Tout cela, pour rien.

La recherche du sens

« Quel est le but de tout ça? » me demandais-je alors que me gagnait la nausée.

Alors que l’Italie traversait une crise économique, je me faisais la réflexion que les gens n’avaient pas besoin d’une énième veste pas chère pour se sentir mieux dans leur vie, mais bien d’un travail, de sécurité, de prestations sociales. Ces portants pleins de fantômes ne pouvaient pas apaiser cette soif, ils n’étaient pas la réponse. Bien sûr, chacun a sa propre opinion sur la fast fashion, mais je suis convaincue que toujours plus de personnes questionnent leurs choix en tant que consommateurs. Parfois, c’est une conséquence du climat économique dépressif. Mais malgré tout, chaque choix que nous faisons ajoute une empreinte dans l’histoire de notre monde.

Comme j’avais vidé l’armoire de ma sœur quelques mois plus tôt, j’ai vidé la mienne. Je suis au régime shopping depuis cet hiver de 2013. Évidemment c’est une phase, mais je voulais prendre le temps de réfléchir à mes habitudes de consommation, et soyons honnêtes, j’ai encore assez de fringues dans mon placard pour tenir plusieurs années. Je ne veux plus participer à cette folie de la mode à moindre coût, et je suis en train de définir mon style personnel.

Le style: Inspiration d’une de mes héroïnes

“Je ne suis pas assez riche pour me permettre d’acheter de l’économique” Marie-Antoinette, mon arrière-Grand-mère

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La femme debout, au centre de cette photo, c’est mon arrière-grand-mère. Ici elle pose avec ses collègues devant l’hôpital où elle travaillait durant le seconde guerre mondiale. Et qu’est ce qui saute au yeux? Son style. Il émane d’elle beaucoup de confiance. Je sais qu’elle n’avait pas beaucoup de vêtements, surtout pendant la guerre. Mais sur chaque photo que nous avons d’elle, elle est toujours soignée, élégante et souriante.

Ainsi lorsque ma mère a commencé à construire son foyer, sa grand-mère lui a donné beaucoup de conseils et cette phrase, elle la lui répétait souvent. Nous avons peu de possessions de Marie-Antoinette, mais je vous assure que ses sacs sont encore entiers et que son manteau est de la laine la plus fine.

Cette phrase, c’est ma source d’inspiration aujourd’hui. Je ne veux plus participer à la fast fashion mais plutôt explorer mon style personnel. Le personal style n’est pas mon activité de prédilection pour m’aider à exprimer ma personnalité, c’est vrai. Je préfère écrire, prendre des photos ou jardiner. Et puis, avouons-le, je suis paresseuse. Cependant je ne veux pas non plus taxer tout cela d’activité frivole ou superficielle. Le style fomente la créativité et encourage l’émancipation.  Il s’agit de se trouver, de choix, de confiance en soi et de légèreté.

Les alternatives à la fast fashion existent, créons-les ensemble

En conclusion, longue vie à ma machine à coudre, à mes lectures de blogs inspirants, à mon exploration des magasins vintage. A ma décision de faire des choix bienveillants pour mes achats, comme je l’ai fait pour mon alimentation il y a quelques années.

Je pourrais faire plus, cela ne sera jamais assez. Mais c’est un premier pas.

La légende du Colibri

Un jour, dit la légende, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés, atterrés, observaient impuissants le désastre. Seul le petit colibri s’activait, allant chercher quelques gouttes avec son bec pour les jeter sur le feu. Après un moment, le tatou, agacé par cette agitation dérisoire, lui dit : « Colibri ! Tu n’es pas fou ? Ce n’est pas avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ! »

Et le colibri lui répondit : »Je le sais, mais je fais ma part ».

(de Pierre Rabhi)

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