Fêter Noël en Italie: traditions et curiosités

21 décembre 2017

Dans mon guide pratique pour manger végétarien en Italie je vous avais parlé avec passion de la variété sans fin de la gastronomie Italienne. C’est donc sans surprise que l’on retrouve la même diversité de traditions régionales pour célébrer les fêtes de fin d’année. Alors, comment célèbre-t-on Noël en Italie?

Cette période, vue à travers les vitrines des centre-villes et les réseaux sociaux, semble toujours plus uniformisée – ici aussi, et je le regrette. Cependant, au delà de la communication et des enjeux économiques, Noël est bien là.

Voici un petit article curiosités qui pourra à la fois faire gagner des camembers au Monopoly et fournir des phrases d’approche en soirée. Je sature déjà des concours et autres wishlists, alors comme dans mon plaidoyer pour un Noël Slow, j’ai eu envie de proposer une parenthèse loin de la consommation. Je vous emmène?

L’immacolata ou le début de la période de l’Avent

Alors que le premier décembre marque pour beaucoup le début officiel de la période des fêtes, en Italie tout commence le 8 décembre. C’est le jour de L’immacolata Concezione, «l’immaculée conception», qui est un jour férié ici. Traditionnellement, c’est le jour où les familles décorent le sapin de Noël et la maison.

En Italie, chaque ville a son saint protecteur, et le jour de sa fête sur le calendrier, la journée est chômée dans toute la ville. C’est une particularité que je n’avais jamais rencontrée ailleurs et je la trouve assez surprenante. Je vous raconte ceci car le saint protecteur de Milan, Saint Ambroise, se fête le 7 décembre. C’est un jour important pour les Milanais car, outre le jour de vacances extra, c’est aussi le début de la Saison au théâtre de la Scala. Le 7 décembre, toutes les personnes en vue se rendent à la Première, la ville s’illumine, la mairie en face du théâtre organise des expositions exceptionnelles gratuites (cette année, la Sacra Conversazione de Titien). C’est un moment que j’ai toujours beaucoup aimé.

Les marchés de Noël en Italie

Ce qui ne cesse de me surprendre avec les Italiens, c’est à quel point ils sont chauvins et en même temps adorent voyager, souvent en prévoyant de petites escapades. Pour la période de l’Avent ce sont les marchés de Noël dont tout le monde parle. Beaucoup des personnes que j’ai rencontré depuis dix ans se sont rendues à Strasbourg ou Colmar, toutes les compagnies d’autobus proposent des formules pour visiter les marchés en Allemagne, Autriche, France… En Italie dans les régions de montagne, surtout celles imprégnées de traditions Autrichiennes comme celle des Dolomites, les marchés de Noël sont depuis longtemps une tradition et sont très renommés.

Vu le succès de ces marchés à l’ambiance tellement chaleureuse, de nombreuses autres villes ont commencé à organiser leur propre marché de Noël, avec plus ou moins de succès. Dans le Piémont, à Ornavasso, l’ancienne carrière de pierre a été complètement transformée en village du Père Noël avec son marché. L’endroit est tellement unique que les réservations ouvrent en Juillet. Je crois que je ne vais jamais réussir à m’y rendre, vu ma tendance au carpe diem…

La crèche

Ce n’est pas un secret, la vie Italienne est encore très imprégnée des traditions catholiques. Ici la crèche est aussi populaire qu’en Provence, sinon plus! Certaines familles préfèrent décorer leurs maisons avec une crèche et non un sapin par exemple.

La « région » de la crèche par excellence est la Campanie, San Gregorio Armeno en particulier. Chaque année, de nouveaux personnages liés à l’actualité font leur apparition parmi les figures de terre cuite des marchands. Car qui n’a pas envie d’un Donald Trump ou d’un footballer dans sa crèche, je vous le demande. De nombreuses crèches vivantes sont organisées, parfois par les paroisses, mais aussi directement par les mairies – dans certaines villes c’est en effet une tradition vécue au delà de l’appartenance religieuse.

Noël en Italie: Repas de fêtes

24 ou 25 décembre?

Les 24 et 25 décembre se déroulent différemment selon la région dans laquelle on se trouve, et bien évidemment, selon que l’on observe ou non les rites religieux pour Noël. Avec mes parents, en France, le réveillon était fêté en famille et je crois que pour beaucoup d’entre nous aussi. La nuit de Noël était pour moi la plus belle et la plus mystérieuse de l’année. Ici, c’est différent !

Le 24 au soir, ici dans le Piémont, mon compagnon ainsi que presque toute la ville se retrouve à dîner entre amis, avant de sortir boire un verre. Les restaurants et les bars sont pleins, jusqu’à très tard dans la nuit ce que je trouve très surprenant. Même si les « frontières » s’estompent, dans le Nord le vrai repas de fête reste le 25 à midi. Au contraire, pour certains de nos amis qui sont originaires d’autres régions d’Italie (du Sud, où les traditions catholiques imprègnent un peu plus les modes de vie) le réveillon  se passe en famille.

La gastronomie

Pour ceux qui observent les rites catholiques, le repas de réveillon est peu fastueux et ne propose pas de viande mais du poisson. Cette exclusion de la viande au repas de Noël est passée dans la tradition et observée par le plus grand nombre: sur les menus de fêtes on retrouve beaucoup de plats à base de poissons, notamment des recettes utilisant la morue ou l’anguille.

Qui apporte les cadeaux aux enfants en Italie?

Alors que le père Noël fait l’unanimité en France, en Italie le personnage distribuant les cadeaux aux jeunes enfants n’est pas le même selon les régions et les coutumes, et n’arrive pas forcément le 25 décembre. Dans certaines familles (dont celle de mon compagnon, Piémontais, lorsqu’il était enfant) c’est traditionellement Gesu Bambino, le Petit Jésus, qui apportera les présents le 25 décembre. Aujourd’hui, c’est Babbo Natale, le Père Noël, qui tend à remplacer le bambin.

Sainte Lucie

En Vénétie, et particulièrement à Vérone, la Sainte Lucie est une fête presque plus importante que Noël. Les enfants de la ville, au moyen-age, étaient touchés par une terrible épidémie touchant les yeux. Il fut décidé de faire un pèlerinage pieds nus afin de demander la grâce à Sainte Lucie., Pour convaincre les enfants récalcitrants, leurs parents promirent qu’à leur retour de l’église, Sainte Lucie leur aurait apporté un présent. Peu après l’épidémie cessa, et la tradition s’installa. Aujourd’hui encore, le 13 décembre, on porte les enfants à l’église afin de leur faire bénir les yeux. Et la nuit du 12 décembre, c’est Sainte Lucie, sur son âne, porte les cadeaux aux enfants. Avant d’aller dormir, on laisse sur la table deux assiettes de nourriture pour la sainte et son âne.

La Befana

Ce n’est pas terminé! Dans d’autres familles, c’est le 6 janvier, jour de l’épiphanie, férié en Italie, que les enfants reçoivent les cadeaux. La Befana est une sorcière sur son balai volant, et elle apporte aux enfants soit des présents, s’ils ont été sages, soit du charbon, s’ils ont été désobéissants. IL existe même du faux charbon, de gros morceaux de sucre coloré de noir que l’on trouve sur les étals des marchés de Noël. On utilise aussi le qualificatif de Befana pour parler d’une femme un peu vieille, bizarre ou malicieuse, je trouve ça amusant comme nom. La Befana est l’un de mes personnages préférés car il n’est ni lié au gros marketing américain comme le Père Noël, ni à la religion. Elle pourrait bien faire partie des traditions que je cherche à créer pour un Noël Slow.

***

Difficile d’écrire ce genre de texte sans tomber dans les clichés et les généralités, et j’espère n’avoir pas trop dénaturé les anecdotes et traditions décrites. L’Italie est un pays si proche de la France, on ne peut pas parler de choc culturel évident lorsqu’on s’y frotte. Cependant, c’est dans les infimes détails, au cours des années, que j’ai appris à comprendre profondément l’Italie, ses nombreux visages, nos différences. C’est une grande passion pour moi car il y a tant à découvrir, j’espère vous avoir donné envie de venir nous rendre visite !

Je profite de cette conclusion pour vous transmettre, à travers ce clavier, mes bonnes ondes pour les fêtes. Cette période est pleine d’émotions et n’est pas toujours évidente à traverser. Ces dernières années j’ai découvert que souvent, ce qui me faisait plus de mal était l’idée, l’anticipation des fêtes, plutôt que la fête elle-meme. Alors haut les coeurs, et rendez-vous très vite pour parler de créativité, renouveau et plantes en tout genre <3

Aurélie

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4 comments

Stéphanie - Il Etait Une Fois... Cocotte 22 décembre 2017 at 7:53

J’ai bien aimé ton article, j’ai appris beaucoup de choses même si ma famille est originaire d’Italie.. O_o Je ne connaissais pas la Befana, elle me fait penser au père Fouettard. J’appréhende de plus en plus les fêtes, peut être parce que je deviens trop vieille pour tout ça ^_^. Si je m’écoutais je me ferais un petit Noël tranquille chez moi..

Bisous

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Aurelie 23 décembre 2017 at 5:09

Ah mais oui le père fouettard, c’est un peu l’idée, je l’avais oublié celui-là. Je comprends ton malaise face à ces fêtes qui n’ont parfois plus de sens. J’ai mis du temps à apprendre à les aimer encore, grâce a mon fils je dois dire. La magie est de nouveau parmi nous et je t’en envoie quelques brassées en pensée. Bisous Stéphanie

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Dame Oiselle de papier 8 janvier 2018 at 1:28

J’arrive après la bataille (les fêtes quoi !) pour lire cet article mais ce fut très enrichissant et m’a permis de faire durer un peu plus Noël dans ma tête !! Merci pour toutes ces choses que tu m’as apprise. Je t’embrasse !

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Aurelie 8 janvier 2018 at 1:37

Merci Noémie, les fetes c’est aussi pour se déconnecter alors tu as bien fait 🙂 Je suis contente de partager un peu de cet esprit de Noel et j’aime bien en apprendre plus sur les traditions dans le monde alors ça m’a fait plaisir de partager ce que je sais. En relisant l’article je me rends compte que l’internet a mangé toute une partie de l’article (celle sur la gastronomie) gniii il faudra que je complète tout ça l’année prochaine ! A très bientot et Bisous

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