Un matin dans la foret de Arashiyama et un kokedama

16 mai 2016

Un des moments les plus beaux que j’ai jamais vécu est une promenade dans la foret des bambous géants de  Arashiyama, à Kyoto. Je voyageais seule et pouvais prendre tout mon temps pour finalement savourer ce lien ancien et délicat entre les Japonais et la Nature, et qui se notait dans d’infinis détails. Ce matin là, j’ai discuté avec de vieux monsieurs qui passaient leurs journées au bord d’un étang, à prendre des photos des martin-pecheurs. D’étranges poupées pendaient aux arbres. Tout semblaient un peu spécial et magique. Au coeur de la foret, il y avait cette petite échoppe. L’échoppe d’un potier. J’ai eu un coup de coeur, car elle était un peu en désordre sur les bords. Le potier utilisait ses créations à vendre pour cultiver de la mousse, de petit arbres et ainsi les poteries commençaient à faire partie intégrante de la foret. C’est là que j’ai vu mon premier kokedama.

La grenouille et le potier

Ce qu’il y a de beau avec les humains passionnés, c’est qu’on aime communiquer et échanger. Avec mes deux notions de japonais et quatre mots d’anglais, beaucoup de gestes et quelques photos, on a discuté. Il m’a raconté les sculptures qu’il avait vendues à de riches américains, je lui ai parlé de mon attraction pour les jardins japonais et la céramique. Il m’a montré comment préparer les racines des petits arbres avant de les planter dans un pot à bonsai et comment faire pousser de la mousse. Je lui ai acheté un magnifique petit vase en raku, mon préféré entre tous.  Il m’a offert une toute petite grenouille en céramique. En me disant que c’était un dieu qui aidait à retrouver ce qui avait été perdu, et en me conseillant malicieusement de le placer dans mon portefeuille pour attirer la prospérité. Parfois je pense que c’était en fait un sortilège de la foret pour garantir que je reviendrais un jour.

Le jardin suspendu

Depuis lors je me suis intéressée à ces petites plantes dans des boules de mousse. Maintenant en voit souvent dans les concept store et les fleuristes pointus: cela s’appelle un kokedama. Cet art ancestral japonais consiste à faire pousser un arbre bonsai dans une boule faite de terre et de mousse. La version occidentale est de faire pousser une plante dans une boule de mousse, et que ce soit beau. J’ai voulu essayer aussi, donc lors d’une balade au parc, j’ai récupéré le matériel nécessaire. La semaine prochaine je vous montrerai comment j’ai fait, mon kokedama aura alors plus d’un mois.

Je ne me rappelle plus le nom de l’échoppe du potier. J’ai cherché plusieurs fois sur internet, sans succès. Etait-ce un rêve? Plus simplement, je préfère penser que tout n’est encore pas à la portée de nos doigts posés sur un clavier: certaines choses, on peut seulement les vivre.

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