Manger végétarien en Italie: guide pratique

9 juin 2017

Alors que l’été approche, peut-être que certains d’entre vous iront en Italie pour un week-end de dernière minute ou pour les vacances. Je vous comprends, après presque onze ans de vie sur la péninsule je me laisse encore surprendre par ses particularités et son côté à la fois si proche et si différent de la France: l’Italie a tant à offrir. Je ne vais pas vous faire la guide touristique, ce blog n’y suffirait pas. En revanche cela pourrait être intéressant de partager mes conseils pour manger végétarien en Italie, ainsi que mes observations sur l’alimentation ici.

Parce que oui, partir dans un autre pays en suivant une alimentation particulière, cela demande parfois un peu de recherche. On ne connaît pas forcément les habitudes alimentaires du pays, ni la sensibilité de la population au végétarisme / véganisme, ou s’il y a de grandes différences entre les villes et les endroits plus isolés.

De plus, si on aime voyager c’est qu’à mon sens on est curieux de partir à la découverte d’autres modes de vie. On discute avec les gens. On partage parfois quelque chose. Et souvent, c’est de la nourriture. Comment faire alors pour ne pas offenser celui qui souhaite vous faire goûter son saucisson fait maison ou la recette de lasagnes de sa grand-mère?

C’est ce que je vais vous expliquer ici.

Une petite note avant de commencer: en 2009 j’ai pris la résolution de suivre une alimentation végétarienne. Mon Italien est un omnivore respectueux de ce choix, avec parfois quelques frustrations (partager en amoureux une spécialité locale renommée lui manque, par exemple). Je vis dans le Nord de l’Italie  près de Milan qui est une grande ville ouverte sur le monde. Je partage donc ici mon expérience et mon ressenti de végétarienne en Italie, et plus généralement mes observations sur la population et son rapport à l’alimentation.

carosello des pouilles

 

Les Italiens et l’alimentation

Selon l’Institut de recherche privé Eurispes, en 2015 végétariens et végétariens représentaient 8% de la population italienne, et la tendance est à la hausse. La moitié des personnes interrogées déclare suivre ce régime pour des raisons de bien être et de santé. Les autres raisons invoquées sont: la sensibilité à la cause animale et le respect de l’environnement.

Ces résultats ne me surprennent pas, pour plusieurs raisons.

Le rapport à la nourriture est indissociable de la santé et du bien-être

La nourriture et la santé font partie du top 3 des arguments de conversation en Italie. Je suis dorénavant habituée, mais quand je suis arrivée ici je ne savais plus où me mettre lorsqu’à la pause café mes collègues m’expliquaient en détail la recette du risotto giallo – la leur, la variante de leur belle-mère, celle qu’ils avaient mangé au restaurant le dimanche précédent – en ponctuant tout ça de détails personnels. Comme je ne digère pas l’oignon ou le café me donne de l’acidité à l’estomac. Euuuh, too much information?

Les Italiens font donc attention à ce qu’ils mangent, privilégiant les fruits et légumes frais, les poissons et viandes blanches. Pour se sentir bien et « légers ». Les spécialités régionales pourront être parfois de gros plats bien lourds, mais je vous garantis que ce n’est pas ce qu’ils mangent au quotidien 🙂

L’une des figures d’autorité en matière d’alimentation est (était) l’oncologue Umberto Veronesi, ex-ministre de la Santé et directeur de l’Institut National des Tumeurs. Un très grand chercheur qui, à mes yeux, a permis de sortir l’alimentation végétarienne et la cause animale de la marginalité pour les porter sur le devant de la scène de façon scientifique et non « passionnelle », comme une évidence pour notre futur et celui de la planète. Dans ses différentes interventions il plaidait pour une alimentation végétarienne, alliée à une bonne hygiène de vie, pour diminuer les risques de développement des cancers. C’est dire si l’alimentation et la santé sont liées dans l’imaginaire collectif italien.

Ainsi, être végétarien ici, on comprend ce que cela signifie et on le respecte, comme tout autre régime alimentaire particulier. Cela n’est pas forcément vu comme une « lubie » animaliste et les serveurs ne lèveront pas les yeux au ciel lorsque vous leur annoncerez. Pas mal pour manger tranquille en vacances, non?

Les richesses des régions sont appréciées et sublimées

L’Italie est longue, des Alpes à la Sicile les climats changent et offrent autant d’occasions de découvrir les recettes chéries de ses habitants. Ainsi le magnifique radicchio tardif blanc et pourpre poussera en Vénétie alors que les puntarelle auront la part belle dans le Lazio. Il sera aussi très difficile de trouver du Cédrat hors de la Sicile. Je n’ai rencontré nulle part ailleurs une telle variété de saveurs sur un si petit territoire.

Pour rester dans le thème et traduire cette diversité que l’on retrouve au quotidien j’ai illustré ce post avec quelques clichés de la série « retour du marché » que je partage sur Instagram. Je ne me lasse pas de découvrir de « nouveaux » fruits et légumes!

L’attention à la terre nourricière se retrouve dans le rapport des Italiens avec les saisons. Ils adorent organiser des sorties le week-end pour aller manger une spécialité particulière qu’un ami leur a conseillé, qu’on ne trouve qu’à une période donnée, ou se rendre dans les nombreuses Sagre de la truffe, de la noisette, du vin, de l’huile…

Cela n’est donc pas surprenant qu’ici soit né le mouvement Slow Food pour une alimentation bonne, saine et juste.

Une alimentation légère et saine pour être en bonne santé, des matières premières locales qui suivent le rythme des saisons, une grande diversité d’aliments: l’Italie est un terrain extrêmement favorable pour le végétarisme.

Alors ici, quand on est végétarien, on mange quoi?

cédrat et barba di frate

Etre végétarien en Italie: guide pratique

Le menu Italien

En Italie le menu « complet »et un peu différent de notre menu français. Il se compose comme suit:

  • antipasti: l’entrée ou la mise en bouche.
  • primo: un plat consistant à base de pates, de riz ou de légumineuses. Les portions sont en général plus réduites que lorsque l’on se prépare un plat de pâtes à la maison, pour laisser de la place à un second plat.
  • secondo: viande, poisson ou fromage accompagné d’un contorno (accompagnement de légumes)

En plus du menu officiel il y a souvent le menu du jour imaginé selon les trouvailles du marché et la saison. Miam.

Ne vous sentez pas obligés de prendre antipasti primo e secondo, beaucoup font une combinaison (antipasto-primo ou antipasto-secondo) selon leur faim et leur envie du moment.

Manger végétarien au restaurant

A partir de ce menu de base il est donc très facile de trouver quelque chose à son goût lorsqu’on est végétarien:

les antipasti sont mes préférés, car souvent c’est là où l’on retrouve la créativité des cuisiniers. J’en prends parfois deux, si le primo ne m’inspire pas (un en entrée, et un à la place du second plat, pour accompagner mes amis). Il suffit de demander au serveur 🙂

le primo. C’est là où on trouvera facilement quelque chose. Selon la région, les légumineuses auront une place de choix (le Sud a une tradition culinaire plus « pauvre » et utilise beaucoup les fèves et les haricots par exemple). Dans le nord, goûtez à la délicieuse Paniscia à base de riz, légumes et haricots. Vérifiez bien qu’il n’y ait pas de pancetta (lard), ce qui peut arriver. Vous pourrez trouver aussi des soupes ou des crêpes épinards ou radicchio.

le secondo. Dans ce cas c’est un peu plus difficile de trouver quelque chose déjà prêt sur le menu, à part si on parle de fromage grillé par exemple. Mais un assortiment de légumes (misto di verdure) ne vous sera jamais refusé, et on vous fera choisir ceux que vous préférez.

Sur le pouce

Si pour le déjeuner ou sur la route vous optez pour un déjeuner rapide, comme les Italiens, alors vous aurez certainement le choix entre les panini, la piadina ou l’insalata.

Pour les sandwiches (ou l’alternative plus légère, la piadina, une sorte de galette souple qui contient parfois du gras animal, le strutto) on peut se rabattre sur les ingrédients tels que légumes grillés, fromages de toute sorte, tomate-mozza ou tapenade – qui est souvent sans anchois.

Petite note: n’hésitez-pas à informer à l’avance le serveur de votre choix alimentaire (sono vegetariano/sono vegetariana ou sono vegano/sono vegana) afin qu’il puisse vous guider, vous expliquer éventuellement de quoi est composé un plat, vous proposer une alternative à un ingrédient – ils ont l’habitude 🙂 

carosello vert

Les produits végétariens / vegan au supermarché

L’alimentation saine arrive toujours plus sur les étals des supermarchés. En quatre ans, à la Coop où je fais mes courses, la place occupée par les légumes bio, les produits sans lait, beurre, lactose et ceux à base de protéines végétales a quadruplé. J’ai accès à toujours plus de choix, sans devoir me rendre dans des magasins spécialisés et chers comme le Biocoop italien, Natura Sì.

Concrètement vous pouvez chercher les marques Alce Nero, Coop Bene, Valsoia, Misura, Verys, nos amis Cereal et Sojasun, et les préparations du chef Marco Bianchi pour Scoiattolo pasta fresca. Pour ne citer que les plus diffusés 🙂

Et si je suis vegan alors?

Comme expliqué plus haut, les Italiens connaissent bien l’alimentation végétarienne et connaissent la différence avec l’alimentation végane. C’est déjà un point positif, qui vous évitera de devoir expliquer vos choix en long en large et en travers lorsque vous avez juste envie de manger un truc. Les serveurs peuvent vous proposer parfois des alternatives dégantes, à base de lait végétal par exemple. Même dans les petits supermarchés de centre-ville comme Punto SMA, vous trouverez des produits pour l’alimentation vegane: yaourts de soja, fromage végétal sans présure animale…  Je ne peux guère donner plus de conseils sur le sujet car je ne suis pas végane et je ne me rends certainement pas compte de ce que cela signifie au quotidien. Cependant si vous avez des questions n’hésitez-pas, je mènerai l’enquête auprès de mes amis vegan et vous répondrai avec plaisir 🙂

feves de printemps

***

Et voilà un petit article court et rapide sur l’alimentation en Italie, j’espère que vous l’aurez trouvé intéressant, que vous soyez végétariens ou non 🙂  Il y a tant à dire, j’ai encore beaucoup d’idées. Je voudrais par exemple créer une liste de plats italiens « vegetarian/vegan friendly » selon les régions. Ou partager mes bonnes adresses dans le coin – végétariennes ou non d’ailleurs. Cela vous intéresse? Si vous avez des questions ou des doutes sur le sujet, n’hésitez-pas à m’écrire!

 

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6 comments

Lucile 9 juin 2017 at 2:11

Chouette article!
J’ai passé une semaine de vacances à Rome début mai et j’ai trouvé qu’il était bien plus aisé de manger végétarien dans les restaurants qu’en France: les légumes, champignons et fromage étaient à l’honneur pour le bonheur de mes papilles! 🙂
Lucile

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Aurelie 9 juin 2017 at 2:39

Merci Lucile pour ton commentaire, et ton témoignage sur la région de Rome! C’est vrai qu’ici l’alimentation offre bien plus de choix qu’en France lorsqu’on est végétarien, on peut trouver son bonheur et en plus découvrir de nouvelles saveurs. A Rome tu as dû te régaler, surtout que les romains sont communicatifs et aiment partager avec nous pauvres français les secrets de la bonne bouffe 😉

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Parenthèse Citron 12 juin 2017 at 11:35

Ton article est très intéressant, et me ramène bien à ce que j’ai pu vivre en voyage à Rome (même si je n’étais pas encore végétarienne, je veillais à ne pas choisir trop de viande ni poisson) ou Venise plus récemment en ayant passé le cap entre-temps. L’Italie est un pays que j’adore, et que je trouve bien plus ouvert que la France à ce sujet là, et j’ai été très étonnée en effet de trouver si facilement des produits bios et orientés végé. Je me verrais franchement bien y vivre, même si mon italien est très rouillé (la faute à l’espagnol !), rien que pour la culture alimentaire et la culture historique. Puis, c’est un pays tellement photogénique (c’en est presque trop facile ! :D).

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Aurelie 13 juin 2017 at 6:20

Merci de ton retour « sur le terrain » 😉 c’est vrai qu’ayant passé le cap en Italie, quand je rentre en France j’ai parfois du mal à manger autre chose qu’une pauvre salade :/ C’est intéressant cette différence: nos cuisines sont les deux plus fameuses du monde, et elles sont presque opposées.
Ici je trouve le climat bien plus favorable à une vie épicurienne et les Italiens privilégient les produits « genuini ». Par contre il y a encore beaucoup à faire en ce qui concerne les choix alimentaires pour motifs religieux qui sont plus délicats à aborder…
Je te comprends pour l’Espagnol, quand je suis arrivée ici il y a onze ans je n’avais pas pratiqué l’Italien depuis des années alors que j’avais vécu en Espagne, c’était un vrai carnage. Mais vu que les Italiens sont sympas ils te corrigent avec le sourire 🙂

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La Coquette Ethique 15 juin 2017 at 10:39

Salut ! Merci pour cet article, je pars à Venise cet été et du coup je sais un peu plus à quoi m’attendre ! 🙂

Cela dit c’est vrai que je ne m’inquiétais pas trop par rapport à mon alimentation. J’ai croisé pas mal d’italien végétariens. J’avais même une copine italienne végane à un moment ! ^^

Décidément on est vraiment à la traîne en France !

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Aurelie 15 juin 2017 at 9:12

Ah je suis très contente que cela te soit utile pour tes vacances! C’est vrai que c’est surprenant à quel point nos deux pays sont proches et si différents au niveau de l’alimentation, et de l’ouverture aux autres. Ma grand-mere me demande régulièrement si mon fer va bien 😉 Tu vas aller voir la Biennale? J’ai bien envie d’y aller mais avec mon petit garçon j’hésite un peu… Tu me raconteras? À bientôt

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