L’importance des mots

28 janvier 2015

J’aimerais arranger mes mots comme des perles de larmes sur un fil de soie, et les liers au cou de ceux qui souffrent, tous, vous tous, pour réchauffer nos pauvres cœurs humains et faire quelque chose de toute cette peine. Souvent, les mots ne viennent pas, et je suis incapable de décrire cette souffrance, fardeau et joyau de ma condition humaine. Et je les rencontre, soulagée et reconnaissante, dans la littérature. J’ai voulu ici partager les mots offerts par une autre, avec vous.

Marianne aimait les orages. Ne pourrais-je pas la faire vivre à travers moi? Je m’assis sous le tilleul, à sa place. Je regardai les ombres violentes, les blancs crus, je respirai l’odeur des magnolias; mais les lumières et les parfums ne me parlaient pas; cette journée n’était pas pour moi; elle restait en suspens, elle réclamait d’être vécue par Marianne. Marianne ne la vivait pas et je ne pouvais pas me substituer à elle. En même temps que Marianne un monde avait sombré, un monde qui n’émergerait plus jamais à la lumière. Maintenant toutes les fleurs s’étaient mises à se ressembler, le nuances du ciel s’étaient confondues, et les journées n’auraient plus qu’une seule couleur : la couleur de l’indifférence.

Simone de Beauvoir, Tous les hommes sont mortels.

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