Le troisième été

13 juillet 2016

L’Eté. Ta saison préférée, celle de ton anniversaire et des étoiles filantes que tu guettais inlassablement. Depuis presque trois ans chaque nouvel été sans toi a été différent.

Le troisième été, c’est le dernier du calendrier officiel du deuil que l’on trouve dans les magazines. Celui des quatre phases et des mots tellement écrémés qu’ils en deviennent creux, mais qu’on lit tout de même d’un oeil distrait en hochant la tête. Au delà des articles superficiels, j’en ai dévoré des livres sur le deuil et la mort. J’ai plongé de tout mon coeur, cherchant à comprendre les codes de ce nouvel univers qui nous avait happés si violemment. Et eux aussi, avec plus de mots et d’exemples, ils décrivent le temps du deuil.

Le premier été, j’étais en colère contre tant de vie jaillissant de toute part alors que tu n’étais pas là. La date du premier anniversaire se rapprochait. Depuis trop de mois je voyais nos parents faire appel à une force d’un autre monde pour se lever chaque matin.  C’était aussi le dernier été de notre papa. Hôpital, désinfectant et bip des machines, comme si on ne les avait jamais quittés.

Le deuxième été a fait fleurir des promesses pour les saisons à venir. Malgré cette immense tristesse et un coeur qui ne savait plus qui pleurer, je n’ai jamais cessé de croire en la vie. Aout a été témoin des premiers coups légers au fond de moi, dans la fraîcheur du Pays de Galles.

Le troisième été, c’est celui des premières cuillères de carotte, des petits pieds qui pataugent et du rire cristallin qui me rappelle le tien. Les après-midi de sieste derrière les volets mi-clos. Les envies d’ailleurs, de montagne fraîches et de fjords spectaculaires, qu’on étouffe comme on peut. Il y a des mois que je n’ai plus ouvert un livre sur la mystique juive ou la réincarnation.

C’est le troisième été. Parfois comme un chaton perdu je m’accroche encore aux quelques poussières laissées sur ton passage. Je respire le foulard que je garde bien empaqueté dans une boite au fond de ma table de chevet. Je lis nos conversations sur msn ou par email. Mais tu sais, je suis un peu lasse de me repasser les même photos et progressivement je me détache de ces reliques figées lorsque je veux penser à toi. Tu étais bien plus que ce qui nous est resté, et tu l’es encore. Et là ce que décrivaient les livres et que j’avais peine à croire me revient à l’esprit, comme une évidence. La dernière phase du deuil, la transformation: désormais nous avons une relation intérieure.

C’est le troisième été, avant le quatrième automne sans toi.

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