Devenir la mère qui me ressemble

15 mars 2017

Je l’avoue, je ne m’attendais pas à ce que trouver mes marques dans notre nouvelle vie à trois soit si difficile.

Au début j’ai tenté d’expliquer ce sentiment par les mots déjà prêts qu’on peut lire partout: hormones, post partum, fatigue, tu verras quand il fera ses nuits ça ira mieux. Je me disais: tiens bon, ça va aller.

Seule dans la tempête

En surface, tout allait bien. Ce petit bonhomme on l’attendait avec impatience! Il était en bonne santé, je m’étais remise de l’accouchement, on arrivait à gagner quelques heures de sommeil la nuit. Et puis, on me parlait des parents touchés par le sort qui auraient tout donné pour ça, là, maintenant. Je me raisonnais: tu exagères.

Les mots tout prêts dont je parlais plus haut, ce sont aussi ceux que les autres utilisent pour rassurer et encourager. Il est donc difficile d’en sortir pour tenter de dire le mystère ancestral, les tripes qui se tordent, l’intime chamboulé. Parce que l’on ne sait pas, on ne peut pas le dire. Et puis tout le monde n’est pas prêt à l’entendre. La jeune maman, elle doit être heureuse. Elle a le droit d’être fatiguée, de se plaindre gentiment du manque de sommeil et des régurgitations. Un sourire compréhensif, une caresse, ça passera. Je me demandais: comment font les autres?

Voici ce que j’ai appris de ces heures-tempêtes. Devenir maman c’est renoncer. Je l’ai compris maintenant, mais la lutte a été féroce.

Le bébé rêvé

La première de la classe toujours fourrée dans les livres pour trouver des réponses à ses questions existentielles ou frivoles, c’est moi. Vous imaginez-bien où j’ai passé les derniers mois de la grossesse: sur mon canapé entourée de tous ces bouquins livrés sur le pas de ma porte.

J’ai aussi fait du yoga parce que c’était bon pour moi et le bébé, j’ai désinfecté mes légumes contre la toxoplasmose, j’ai acheté des bodies en coton bio… J’aimais bien attendre bébé, il était là tranquille, à faire ses cabrioles, parfois on se parlait. Souvent, j’imaginais comment allait être notre vie à trois.

Tout était sous contrôle, j’avais tout bon.

La mère parfaite

Moi, maman, je m’imaginais un mélange de ces mères irréprochables:
– La mère qui reprend le travail sans trop de problème et jongle avec la liste de course, le blackberry et les rendez-vous clients. Qui est toujours à l’heure pour reprendre son enfant à la crèche. Et bien coiffée en plus.
– La mère alternative cool en converse et veste en cuir qui encourage l’autonomie de son enfant en souriant pendant qu’elle sirote un verre de rouge à l’apéro.
– La mère louve qui se dédie corps et âme à son enfant, qui respire avec lui, qui ne peut pas passer plus d’une heure loin de lui.
– Mais aussi: la mère qui ne perd pas son sang-froid quand son enfant hurle sur la table à langer, ou qui se lève avec amour pour la quatrième fois dans la nuit pour aller rassurer son bébé. La mère qui empile les cubes en bois bio fabriqués en France ou qui connaît sur le bout des doigts le menu hebdomadaire idéal pour l’équilibre alimentaire de son fils. Celle qui arrive à prendre une douche et faire du yoga tous les matins. Celle qui sait toujours quoi faire.

L’instinct maternel

Voilà ce que je pensais faire avant l’arrivée de mon enfant. Cela vous semble exagéré et irréaliste? Evidemment. Cependant ces images (la louve, la working mum, la cool, la bio), je les ai souvent croisées dans l’imaginaire collectif – et sur les réseaux sociaux. Je vis dans un pays qui voue un culte à la Madonne. Je ne savais pas à quel point ces icônes, là, sont loin du quotidien de la maternité. Et pourtant j’en ai des copines maman!

J’avais aussi intériorisé l’idée que l’instinct maternel naîtrait en moi et porterait les réponses à toutes mes questions. Un doute? Pas de problème, il y a l’instinct maternel qui t’accompagne, il suffit d’y faire appel. L’instinct maternel, celui auquel on se réfère lorsque l’on ne sait pas quoi répondre.

Devenir mère

Puis baby E est arrivé et là, ça a été la grosse panique. Aucun livre pour m’expliquer ce que MON bébé avait quand il pleurait, faisait un bruit bizarre, mangeait, ne mangeait pas.

Il a fallu prendre confiance et s’affirmer comme celle qui sait ce qui est bon pour son enfant: une maman. Chercher les réponses à l’intérieur. Accepter de faire des erreurs.

Mais aussi, oser prendre du temps pour soi, dire haut et fort, et non pas avouer, qu’on veut exister non pas seulement comme mère. Renoncer à la perfection et à l’idéal pour plonger dans la vraie vie. Celle sans manuel d’instruction mais avec plein d’amour dedans.

Surtout, comprendre tout simplement que je serai toujours la même, l’option maman en plus. Avec mes défauts et mes rêves plein la tête. Notre voie, on la tracera tous les trois et ce sera seulement la nôtre. Je ferai de mon mieux, toujours, et je crois que cela ira. J’ai accepté d’être une bonne mère la plupart du temps.

***

Rien de bien révolutionnaire me direz-vous. C’est vrai. Certains expériences ne peuvent pas être enseignées, elles peuvent seulement être vécues. Cependant, si mettre des mots sur ces sentiments ambivalents et tabou pouvait aider une jeune maman dans une phase creuse, alors j’en serai heureuse. Fille, soeur, compagne, maman, chef, élève, partenaire, on fait toutes de notre mieux au quotidien. N’oublions pas de nous regarder avec bienveillance et amour <3

PS: Ma maman m’avait glissé entre deux papotages, comme si de rien n’était, le nom d’un site, les fabuleuses au foyer, découvert lors d’une émission des Maternelles. Un coup de cœur pour moi!

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4 comments

Jojo 25 mai 2017 at 11:02

Pas toujours facile d’être maman…. très jolie texte j’aime beaucoup ta façon d’écrire 😍

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Aurelie 26 mai 2017 at 10:31

C’est vrai que ce n’est pas facile tous les jours de se confronter à la réalité de la maternité, c’est vraiment un exercice de lâcher prise! Mais quelle aventure aussi, pas vrai? Merci pour ton gentil commentaire Jojo cela me touche beaucoup

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Laurie 14 juin 2017 at 11:00

Ah oui ce n’est pas facile, il faut être bien entouré! Je parle en tant qu’entourage car je n’ai pas encore d’enfant, mais une super nièce ^^

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Aurelie 14 juin 2017 at 12:38

Une petite nièce ça te donne déjà une idée 🙂 Le dicton qui dit qu’il faut un village pour faire grandir un enfant est tellement vrai…

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